Quel profil type pour un chercheur-valorisateur ?

Multisectoriel

26.02.2019

Quel profil type pour un chercheur-valorisateur ?

Chaque Challenge Out of Labs est une nouvelle occasion pour mieux connaître les chercheurs qui franchissent ce premier pas vers la valorisation. Qu’avons-nous appris au contact des lauréats du 6ème Challenge ? Bilan au démarrage du pré-accompagnement par Linksium…

11 projets lauréats en catégorie chercheurs du 6ème Challenge Out of Labs étaient réunis ce 16 janvier 2019 dans les locaux de Linksium. But : lancer, avec la SATT, le pré-accompagnement vers la valorisation de leurs projets de recherche.
A l’issue du dernier atelier, nous avons rencontré 5 de ces porteurs. Qu’avons-nous appris en échangeant avec eux ?

Deux points communs

Sans surprise, tous portent un projet à fort potentiel applicatif et ont atteint ce stade où l’envie de le faire avancer est devenue un moteur suffisant pour se lancer dans l’inconnue.
En revanche, contrairement à ce que l’on peut croire, l’idée qu’ils se font à ce stade de leur projet était souvent encore floue !

« J’ai toujours eu – à tort – l’impression que les gens qui portent des projets de start-up étaient très proches du produit. » Uwe Schlattner, Professeur des Universités, directeur du laboratoire LBFA, porteur du projet Healthprobe.

« Notre technologie a un premier débouché possible en microélectronique. Mais nous craignons que cela demande un développement trop complexe. Alors nous avons identifié un autre champ d’application. C’est cette piste qu’on explore maintenant. » explique, par exemple, Raphaël Boichot, un des porteurs du projet SMART COATINGS, dédié aux outils de découpe microscopique.

« Notre projet s’inscrit dans un temps long – plus de 10 ans – car il s’agit d’une technologie disruptive. » raconte Yilmaz Ulgur du projet SUPERCOOL, qui développe un système cryogénique, clé en main. Avec le Challenge, ils démarrent une preuve de concept. La suite est moins claire. « Forts de la preuve de concept, nous allons entrer dans une phase d’interaction avec la « vraie vie », puis il nous faudra aller vers des systèmes plus grands car cette approche pourrait être à la base de la microélectronique de demain. Parallèlement, d’autres applications sont possibles. Donc il faut démarrer de façon assez simple et générique. »

Pas de profil type !

Au risque de vous surprendre, « le profil type » du chercheur-valorisateur débutant s’arrête à ces deux traits communs ! Pour le reste : 5 entretiens, 5 histoires.

« Depuis combien de temps développez-vous cette idée ? » 18 mois, 3 ans, 10 ans, 15 ans. « Je travaille sur cette thématique depuis 18 ans, mais on développe ce projet concrètement depuis 6 mois. » nous dira Gérard Merlin de l’équipe de l’ARBRE SOLAIRE.
« Combien êtes-vous dans l’équipe projet ? » Sur 5 projets rencontrés, deux étaient portés par une personne, les autres avaient de 2 à 4 porteurs.
« Quelle expérience avez-vous en valorisation ? » Quelques porteurs se sont dits « absolute beginners. ». Souvent, ceux-là faisaient équipe avec d’autres chercheurs qui avaient déjà au moins travaillé à l’interface avec l’industrie. « Je n’ai jamais porté de projet de valorisation de ce type, mais mon laboratoire a plusieurs brevets et j’ai collaboré à plusieurs reprises avec l’industrie. » confie Uwe Schlattner, le porteur du projet HEALTH-PROBE, tourné vers la santé cellulaire.
« Avez-vous déjà une idée si votre projet deviendra une start-up, une licence ou… ? » Là encore, certains porteurs avaient des idées très ouvertes, quand d’autres avaient déjà une vision plus nette. Ce diapason de réponses semblait être autant lié aux profils des porteurs qu’à leurs disciplines.
« Et vous-même, pensez-vous rester au laboratoire ou le quitter avec le projet ? » Si plusieurs porteurs ne se sont pas prononcés de manière ferme, trois projets sur cinq avaient déjà une configuration représentative des choix de chacun, qui esquissait l’organisation future. Ainsi, Pierre Nagorny, le doctorant porteur du projet THE EYE, dédié au contrôle des pièces plastiques, évoque son envie de pérenniser le projet. « J’ai le goût de tenter d’entreprendre, de faire moi-même. Avec l’accompagnement, on arrive à se projeter, il y a moins de risque aussi. Si la maturation et l’incubation valident le projet, j’aimerais créer la start-up. » Et lorsque les équipes sont plus nombreuses, c’est souvent parce qu’elles sont aussi composées par des chercheurs plus enclins à rester au laboratoire : « Notre technologie a besoin de s’adosser à un laboratoire encore au moins 10 ans. » considère ainsi un des porteurs de SUPERCOOL, entouré de collègues ayant déjà eu des start-ups innovantes et désireux de rester sur ce versant-là, à leurs yeux plus appliqué et plus dynamique. Idem au sein du projet ARBRE SOLAIRE, Gérard Merlin s’imagine rester à l’Université, en laissant les rennes de la start-up à naître à Lucas Bernard, l’étudiant qui développe le projet depuis 6 mois.

Des idées, des conseils… des regrets

« J’ai toujours eu – à tort – l’impression que les gens qui portent des projets de start-up étaient très proches du produit. » confie Uwe Schlattner, Professeur et directeur du laboratoire LBFA, en co-tutelle Université Grenoble Alpes et Inserm, puis continue : « J’aurais dû y aller plus tôt. Je vois maintenant que mon projet aurait pu avancer plus vite et que j’aurais pu fermer plus rapidement le gap entre la recherche fondamentale et le produit… Heureusement que la visite de Linksium au laboratoire m’a ouvert les yeux. ».